
Une fondation cistercienne au XIIᵉ siècle
L’abbaye de Sénanque voit le jour en 1148, lorsqu’un groupe de moines cisterciens cherche un lieu retiré, conforme à la règle de saint Benoît qui prône silence, prière et travail manuel. Le vallon isolé de Sénanque — dont le nom pourrait dériver de “Sene Canna”, les “vieilles cannes”, en référence aux roseaux présents — offre l’environnement idéal : solitude, eau, sols cultivables.
L’église abbatiale est consacrée en 1220, et le monastère prospère rapidement. Comme toutes les abbayes cisterciennes, Sénanque est conçue selon l’esthétique du dépouillement : lignes sobres, absence de décoration superflue, lumière maîtrisée. Tout y est pensé pour favoriser la méditation.
À son apogée, l’abbaye possède terres, moulins, bergeries et activités agricoles florissantes. Le travail de la terre, essentiel dans l’ordre cistercien, structure la vie quotidienne des moines pendant des siècles.
Une histoire mouvementée
Comme de nombreux établissements religieux, Sénanque connaît plusieurs périodes difficiles.
- XIVᵉ siècle : la peste noire décime la communauté.
- XVIᵉ siècle : les guerres de Religion entraînent saccages et incendies.
- 1789 : la Révolution française conduit à la saisie des biens ecclésiastiques ; les moines doivent quitter le monastère.
- XIXᵉ siècle : une renaissance survient lorsque les cisterciens réinvestissent progressivement le lieu.
Mais en 1903, les lois anticongréganistes forcent à nouveau les religieux à l’exil. Ce n’est qu’en 1926 que Sénanque retrouve une communauté permanente, inscrivant durablement la vie monastique dans le paysage du Luberon.
Aujourd’hui encore, l’abbaye reste un monastère cistercien actif, habité par une communauté de moines qui perpétuent une vie de prière, de travail et de silence.
Une architecture cistercienne remarquable
L’abbaye de Sénanque est un modèle d’architecture cistercienne du XIIᵉ siècle, parfaitement conservé. On y retrouve les éléments essentiels d’un monastère médiéval :
L’église abbatiale
Austère et dépouillée, elle ne possède ni fresque ni sculpture. La lumière y entre de manière mesurée, créant une atmosphère de paix propice à la méditation.
Le cloître
Carré et parfaitement proportionné, il servait de lieu de circulation et de méditation silencieuse pour les moines. Ses arcs simples illustrent la beauté discrète de l’art cistercien.
Le scriptorium et la salle capitulaire
Le premier était consacré au travail intellectuel, le second aux réunions quotidiennes de la communauté.
Les champs de lavande
Bien que récents dans l’histoire du site, ils sont devenus l’un des symboles les plus connus de Sénanque. Leur floraison en juin-juillet attire des visiteurs du monde entier.
Sénanque aujourd’hui : une visite entre patrimoine et spiritualité
La communauté monastique toujours active impose un respect particulier des lieux. La visite touristique se fait selon des modalités précises, permettant de préserver la quiétude des moines.
Les visites possibles
- Visites guidées : idéales pour comprendre l’histoire du monastère, l’organisation de la vie cistercienne et les choix architecturaux.
- Visites libres : permettent de profiter du site à son rythme, notamment du cloître et des abords de l’abbaye.
- Retraites spirituelles : proposées à ceux qui souhaitent vivre une expérience de silence et de prière au sein du monastère.
Il est fortement conseillé de réserver en ligne, surtout pendant la saison estivale, période de grande affluence liée à la floraison de la lavande.
Informations pratiques pour la visite
Localisation : à 4 km de Gordes, au cœur d’un vallon encaissé.
Accès : en voiture ou à pied par des sentiers de randonnée.
Horaires et billets : disponibles sur le site officiel de l’abbaye (senanque.fr).
Respect des lieux : la photographie est encadrée dans certaines zones, et le silence est demandé dans les espaces monastiques.