
Le Festival International de Piano de La Roque d'Anthéron fête cette année sa 46ᵉ édition.
Ici, ce sont 120 bénévoles qui font tourner la machine, avec un mot d'ordre simple : un accueil chaleureux, une organisation sans faille, un cadre sublime. La musique trouve à La Roque d'Anthéron son écrin naturel, et un public fidèle. Ce mardi 28 juillet, Le Boukin Luberon était sur place, pour un concert placé sous le signe de la musique russe.
Une introduction éclairante
Avant que les premières notes ne résonnent, un connaisseur du festival est monté sur scène pour planter le décor. Il a retracé, avec pédagogie, l'histoire des trois compositeurs au programme de la soirée : ce qui les sépare, dans leurs parcours et leurs styles, et ce qui les rassemble, dans cette veine romantique et flamboyante propre à la musique russe de la fin du XIXᵉ siècle. Une mise en bouche précieuse pour aborder la soirée avec les bonnes clés d'écoute.
La soirée s'est ensuite déroulée en trois temps forts.
Premier temps : Hayato Sumino, la révélation confirmée
Le premier temps de la soirée appartenait à Hayato Sumino, alias Cateen. Né en 1995, ce jeune pianiste japonais, révélation du festival en 2025, est de retour à La Roque d'Anthéron. Jeune, élégant, il a livré une interprétation incroyable et habitée du Concerto pour piano n° 2 de Rachmaninov, un imposant Steinway trônant sur la scène, aux côtés de l'Orchestre Philharmonique de Nice placé sous la direction de Lionel Bringuier : cinquante musiciens, dont une vingtaine de violons, pour porter cette partition exigeante.
Face à l'enthousiasme du public, Sumino s'est montré généreux, offrant deux rappels empreints d'humour et de complicité avec la salle : une improvisation jazzy sur le thème du deuxième concerto de Rachmaninov qu'il venait d'interpréter, puis une seconde improvisation, plus espiègle, sur le thème d'Ah ! vous dirais-je, maman de Mozart, deux moments à part, où le pianiste laisse tomber la posture du concertiste pour se rapprocher de son public.
Deuxième et troisième temps : l'orchestre en majesté
La suite de la soirée revenait à l'orchestre seul. Dans un deuxième temps, place à Une nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski : une balade tour à tour tourmentée et douce, qui a fait entendre toute la richesse des pupitres de l'Orchestre Philharmonique de Nice.
Le troisième temps, avec Francesca da Rimini de Tchaïkovski, a offert un final en tempête, redonné en rappel tant l'énergie déployée avait emporté la salle. Au terme de ce dernier rappel, Lionel Bringuier a pris un instant pour exprimer son plaisir d'être à La Roque d'Anthéron pour la troisième fois, avant de faire saluer, un pupitre après l'autre, les cuivres, puis les violons, puis chacun des corps de l'orchestre, un geste simple qui a rappelé que la soirée était avant tout une affaire collective.
La foule est repartie par la grande allée majestueuse des platanes du parc de Florans, encore portée par la soirée. Au passage, une spectatrice, interviewée par une équipe de télévision, confiait avoir vécu une soirée magique.
On ne peut dire mieux.
© Photographie de Franck Denis