
Quinze mètres de diamètre. Quatre mètres de hauteur. De l'inox poli qui capte le soleil du Nevada, de la résine translucide qui le laisse traverser. Un son tissé entre des percussions enregistrées sur les structures métalliques et les vents de Mars captés par la NASA. Ad Astra est tout cela, et plus difficile encore à résumer : une installation sculpturale pensée dans le Pays d'Apt, fabriquée dans les ateliers Paiocchi à Gargas, et installée dans un désert de 80 kilomètres carrés devant des dizaines de milliers de visiteurs.
Gabriel Sobin est sculpteur. Il travaille la matière industrielle avec une intention ancienne, cherche dans chaque projet un point de jonction entre le primitif et le contemporain. Nous avons voulu en savoir plus sur sa démarche, sur ce projet hors-normes, et sur ce que Burning Man laisse derrière soi.
Un cercle de pierres pour relier la Terre aux étoiles
Le titre Ad Astra n'est pas une référence cinématographique. Il est plus vieux que ça.
'Ad Astra', vers les étoiles, car ces lieux depuis la nuit des temps connectent la terre au ciel. Des rochers cosmotelluriques implantés pour s'aligner avec les solstices, équinoxes et autres cycles liés au mouvement de la Terre autour du soleil, en rapport avec le ciel, les étoiles et les constellations.
Un cercle de pierres, donc, qui réfléchissent et émettent la lumière. À la fois diurne et nocturne, primitif et futuriste. La bande-son unit percussions métalliques et enregistrements atmosphériques de la NASA, dans une composition qui traverse les temps. Mais pourquoi l'inox poli et la résine translucide, plutôt que la pierre ?
L'un reflète la lumière, l'autre laisse passer la lumière. La pierre ne permet pas d'obtenir ces qualités à grande échelle.
Ce n'est pas un matériau par défaut. C'est un choix optique, pensé pour un espace ouvert, sous un ciel sans obstacle, face à un soleil qui dure.

Fabriqué dans le Luberon, installé dans le Nevada
Pourquoi fabriquer en Provence pour aller planter dans le désert américain ? Pour Gabriel Sobin, la réponse tient en deux mots : maîtrise et confiance. Produire aux États-Unis était possible, mais coûteux et sans supervision directe. Le Luberon avait ce qu'il fallait.
Le travail métal d'Ad Astra a été réalisé par Alexandre Paiocchi, ferronnier d'art dont l'atelier est installé à Gargas, à quelques kilomètres d'Apt. Une collaboration qui n'est pas née du projet : Sobin travaille avec Paiocchi et son père depuis longtemps, pour ses socles et ses structures.
En proposant l'idée à Alexandre, l'enthousiasme et la magie ont fait le reste avec son implication formidable.
Paiocchi n'est pas resté en Provence. Il a fait le voyage, installé l'oeuvre sur place, vécu l'expérience in situ. Au fond de cette aventure planétaire, il y a des mains et un savoir-faire du Pays d'Apt. Nous lui avons demandé quelles réactions l'avaient le plus marqué.
Des mariages ont eu lieu dans Ad Astra, une fête énorme avec deux cents personnes toute une nuit, mais aussi des rassemblements en silence dans une ambiance de recueillement et de méditation.
Burning Man n'est pas une foire. C'est un environnement extrême : chaleur intense, tempêtes de sable, pluies soudaines. Ad Astra a tout traversé. La tempête de sable a été, dit Sobin, "très éprouvante". Mais l'installation a tenu, comme tiennent les mégalithes.
Après les pluies, les visiteurs sont revenus. Et ce qui s'est passé autour de l'installation a largement dépassé les intentions initiales : des mariages, une nuit de fête avec deux cents personnes, mais aussi des rassemblements silencieux, des moments de méditation collective. Ce qu'une oeuvre réussit rarement : générer des usages que personne n'avait prévus.

Ce qu'on rapporte qui ne tient pas dans un conteneur
L'exposition s'appelle Retour du désert. Les pièces physiques sont revenues. Mais nous avons voulu savoir ce que Burning Man laisse, au-delà de l'expérience physique.
Ce que l'on rapporte qui n'est pas physique est une expérience humaine inoubliable, dans un contexte climatique extrême. Au-delà de ça, d'avoir réussi à partager l'invisible et l'indicible au travers d'Ad Astra avec tant d'inconnus, et ainsi retrouver une famille planétaire.
Voir Ad Astra à Apt, c'est voir l'oeuvre hors de son territoire naturel, et comprendre par contraste ce que le désert lui donnait. Sobin le formule avec netteté.
Le monolithe si petit dans le désert paraît très grand dans l'atelier. C'est l'échelle qui est intéressante, et bien sûr le contexte qui change tout.
Avant de nous quitter, nous lui avons demandé une oeuvre ou un artiste à nous faire découvrir. La sienne : La chambre des Certitudes de Wolfgang Laib, près de Perpignan, une cavité rocheuse recouverte de cire d'abeille. "Enivrant et méditatif", dit-il. Un artiste qui recommande un autre artiste, une oeuvre qu'on ne croise dans aucune liste de recommandations. C'est souvent là que se cachent les meilleures adresses.
Le BouKin vous recommande l'exposition Retour du désert est à l'Atelier William Ruller, rue de la République, Apt.